 Nini 2
Nini s’en va-t-en guerre
J’avais pondu un texte magnifique. En deux pages et plus de 4 000 caractères,
Nini pratiquait sur mon humble organe un ardent mais consciencieux hommage.
Le directeur du site m’a convoqué :
- Dis donc, ici on ne fait pas de science fiction, m’asséna-t-il en déchirant des
heures de rédaction. Et son mec, tu y as pensé ? S’il débarque, c’est toi qui lui
expliquera que tout ça c’est juste histoire de causer dans l'poste ?!!
- Allez, dehors ! Va bosser espèce de bénévole! conclut-il à mon endroit.
Je suis rentré chez moi d’un pas lourd ; c’est vrai, j’y étais allé un peu fort. Après
tout, rien ne disait que Nini était disposée à pareil épanchement en faveur d’une
si petite fraction de moi-même.
Revenu à la raison, je m’interrogeai longuement - cette jolie demoiselle n’aurait-
elle pas dû se convaincre elle-même de la nécessité d’une semblable succion ?
Las, j’abandonnai. Nini est une femme bien que ses cuisses évoquent la finesse
adolescente d’un arrière-train en devenir. Décidément grossier, un autre Joël
m’apostrophait :
- T’es con, regarde un peu ce déhanché. C’est une femme et pas
une demi-portion.
J’étais pris dans une sorte de trinité conflictuelle : les fesses de Nini, ce qu’elles
suggéraient tous azimuts et les visées de mon obusier. Ce n’était pas la première
fois que [version dub] le sujet m’indisposait.
Le lendemain, car ensommeillé de stupidité la veille, j’ai vu l’énormité de mon
inculture me saisir à la gorge.
- Les fesses de Nini sont deux sapins de Noël à l’heure du beaujolais! m’écriai-
je dans un affolement convulsif. C’est la fête dans la fête, le caviar sur la toison et
la vodka sous la faille. Son approche est douce et lisse, la main ne peut s’y
attarder et glisse de suite au fond des choses. Son derrière cambré avec insolence
exhibe le panorama des pistes alpines et l’étroit sillon que chacun rêve d’aborder
un matin, sans préparation. Et en même temps je la conçois si quotidienne, se
livrant à quelque tâche ménagère en petite tenue, voire moins. Ainsi légèrement
inclinée, à peine entr’ouverte, elle aveugle de tentations l’oeil curieux qui plonge
en elle.
Vous l’avez compris, Nini est une charmante petite cochonne qui souhaite
d’abord être conquise par la parole. Pour elle le Verbe se conjugue avec les
sécrétions de ses glandes de Bartholin. Son corps est en appel constant, il respire
la virginité d’avant l’affront total. Nini est une gentille garce qui préfère
dévoiler sa culotte, en hymen 100% coton, plutôt que son abricot délicieux.
Comme un aéroplane en chute libre, elle déleste son bas ventre du fardeau de sa
fente aromatique. Et sa fente est soyeuse, c’est sûr. Ce faisant, elle dresse un
barrage hydrophile entre ses envies et son péage maritime. Nini sent bon, je le
sens d’ici et mon pouls s’accélère et mon calibre suinte déjà. Je la sens tellement
bien qu’après avoir reniflé (quel métier!) chacune des prétendantes, je me suis
convaincu que Nini et Sarah ne sont qu’une seule et même personne (passons
sur les adeptes de la falsification fessière avec la force d’un sexe bifide). Son accès est
d’autant plus profond que ses cheveux sont sombres à force d’être noués, eux
aussi. C’est une vraie brune dont le jus vital gagnerait à s’exprimer sur une culotte
noire.
Telle qu’elle s’affiche sereinement on pourrait croire qu’elle songe à une double
pénétration, orchestrée autour d’une fragmentation de ses plis tandis que nous,
voyeurs aux aguets dans notre abri, affûtons fiévreusement notre baïonnette.
- On peut parfaitement passer l’aspirateur et ressentir l’humanité entière se presser
en vous, me dit-elle capricieuse.
- Chut, je te vois sur l’écran et ne peux parler davantage.
Nini est du genre à céder quelques cris lorsque le travail se fait sur la précision
plus que sur la durée. Son fondement a la discrétion d’un champ de pavot ; rien de
particulier vu du ciel, mais sitôt la culotte à terre et la récolte en main c’est la
bourrasque qui t’emporte. Une fraction de seconde je l’imagine, un doigt au poste
de commande de ses jouissances privées puis sa langue s’enroule autour de ce
doigt luisant et parfumé ; Nini apprécie les plaisirs solitaires en écoutant les
voitures hurler dans la nuit, la fenêtre de sa chambre ouverte sur le monde.
Lorsqu’elle en a assez, elle tire la couette sur ses agissements et s’en va rêver à de
jeunes garçons inexpérimentés auxquels elle enseigne ce qu’il faut. Nini est
pédagogue et met sa vertu à rude épreuve pour mener à bien sa mission.
Par une dérive de l’esprit commune à tous les hommes, j’aspire à me lover sous
ses lèvres gonflées, un soir favorable et attentionné, lorsque l’humidité vulvaire
rappelle la femme à sa vocation de source stupéfiante. A la seule vue de son
attelage divin, Nini nous paralyse dans nos intentions. Les idées les plus
excessives nous envahissent quand il nous faut trouver la meilleure façon
d’atteindre ses précipices, ses falaises et ses contrebas. Nous sommes privés de
tout mouvement à son contact, et seule la distance nous permet de nous en tirer à
bon compte : c’est-à-dire, sans même soupçonner qu’un de ses baisers pourrait
nous introduire au plus chaud de sa tanière et nous y retenir à jamais en homme-
tronc. Immobile et paisible.
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 Guillaume
Guillaume honni ou l’odyssée infinie
Je n’avais pas mis les pieds dans le Grand Fessier depuis plusieurs lunes. Un
revêtement verdâtre me rappelant les toilettes de l’école primaire de mon enfance
couvrait maintenant les parois de chaque secteur ; ça et là, des bouteilles de
beaujolais (vides) immatriculées à Villefranche-sur-Saône encombraient les accès
à la cabine de pilotage.
J’eu grand peine à enfiler ma combinaison anti-P, tant il régnait de désordre ; des
revues pornographiques s’étalaient sur les commandes, des boîtes de pizza et du
papier toilette traînaient au sol parmi des restes de poulet mêlés à d’innombrables
trognons de pommes. Le bloc de contrôle GF-JD01 était maculé de sauces aux
couleurs ternes, et divers rapports techniques sur les paramétrages intuitifs avaient
été extirpés de leur enveloppe de sécurité. Bref c’était le bordel. Nul doute que
SDM01 y avait organisé ses vacances en mon absence. Il me fallut deux heures de
nettoyage pour, enfin, remettre la main sur le plan de navigation.
Sur l’écran, les sites orbitaux apparaissaient sous forme de petits carrés de
couleur, au centre desquels une double demi-sphère matérialisait différentes
destinations. Seul un oeil exercé permettait de distinguer l’une ou l’autre de ces
figures interne ; l’expérience du regard était une qualité essentielle pour piloter
l’engin. Après une rapide inspection de la turbine à désphinctériser, le vaisseau
décolla dans un fracas du feu de dieu.
Le plan de navigation correspondait exactement à ce que j’avais sous les yeux ;
c’était peu courant. Les sites orbitaux faisaient l’objet d’une mise à jour cyclique,
tous les 28 jours. Après cette opération menée par le directeur du Site Universel
des Cultes Enregistrés, certains se révélaient tandis que d’autres disparaissaient à
jamais.
Pour l’heure je filais à tombeau ouvert dans l’obscurité duale du vide intuitif et de
ma mission. Sitôt la mise à jour achevée, les sites retenus devaient être colon-isés
afin d’en extraire toutes les richesses ; pour ce faire, une trompe de pompage
installée à l’avant du Grand Fessier devait être connectée à l’orifice le plus
sombre de chaque site. Parfois cet orifice était dissimulé sous un voile dont la
forme et la constitution variaient considérablement. C’est dans ces moments que
l’expérience du pilote prenait le pas sur tous les instruments de mesure.
J’approchai de la cible et entrai en contact-com avec le central.
- Objectif global en vue, demande instructions, lançai-je sobrement via mon
Capteur-Upper-Lip.
- Maintenez le cap actuel… inutile de lubrifier le piston… en cours de rinçage…
déclamait le serveur d’un ton suave.
Ah, ces administrateurs ont le chic pour nous faire croire qu’on parle à des
humains, pensai-je. Tout ça ne remplace pas une bonne tranche de pâté, ajoutai-je
à haute voix.
- Domaine inconnu… initialisez vos nouvelles données, ordonna le serveur
nasillard.
- Sans objet, me contentai-je de répliquer à la superbe technologie.
Chaque site découvrait ses beautés complexes. De ma place j’avais l’impression
de maîtriser tout cet espace, toute cette profondeur. Peu à peu, à mesure que la
distance se réduit, les petits carrés livrent leur secret, c’est-à-dire leur beauté
dangereusement attractive. Tout pilote doit obéir aux ordres du serveur dont les
critères de sélection s’appuient sur la quantité lipidocoprogazée pouvant être
recueillie lors du pompage. Cette substance devenue rare chez nous est vitale pour
le fonctionnement de ce même serveur. En cas de désobéissance du pilote,
l’alimentation générale du vaisseau se télé-décharge instantanément sans
possibilité de retour au Terminal Export.
- Transmission du cadre optique en cours, insérez carte de Recueillement Accéléré
Inter-Energétique, vociféra le serveur.
- Paramètres activés, carte insérée – demande confirmation.
Trois flashs successifs illuminèrent l’intérieur de la cabine.
- Autorisation pompage du site V-RON repère HIC – obstruction partielle,
prévoyez les griffes de déchirement.
- Bien reçu, en phase d’approche répondis-je sans entrain.
Soudain je fus pris d’un vertige inouï à l’idée que toute ma vie, j’avais répondu
aux injonctions contre nature du serveur. Aucune possibilité d’erreur, mais
surtout, jamais aucun choix et pas plus de plaisir à satisfaire l’envie trouble
d’explorer un site non retenu.
D’un coup de saine folie je réorientai la trajectoire du Grand Fessier. De
multiples messages me parvenaient dans un chaos assourdissant. Comme
frénétiquement attiré, j’avisai le site GUILLAUME, avidement convoité depuis le départ,
et opérai manuellement. Avec précision, les griffes écartèrent le voile opaque et le
vaisseau fut précipité tout entier dans l’orifice dont je percevais à présent le
baume sur mon visage. Ce fut une sensation unique et indescriptible de flottement
sans aucun son. La double demi-sphère s’agita quelques instants puis l’orifice se
contracta définitivement au passage de l’intrus. Je tombai dans un coma anal.
Signé :
[fin du journal de bord – vaisseau et équipage perdus]
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